Éditorial: Pourquoi Alix Didier Fils-Aimé doit quitter la Primature le 7 février ?
Il existe certaines dates dans la vie politique haïtienne qui ne peuvent être expliquées : elles s’imposent tout simplement. Le 7 février est l’une de ces dates. Elle est devenue un rare symbole de stabilité dans un pays ravagé par l’improvisation, les bouleversements et les crises successives. À l’approche de cette date, une vérité devient de plus en plus lourde et inévitable : Alix Didier Fils-Aimé ne peut et ne doit pas rester au poste de Premier ministre au-delà de ce jour. Il ne s’agit pas d’une querelle clanique, encore moins d’un débat d’interprétation. Il s’agit d’une question de survie institutionnelle.
Le mandat de transition prend fin là où commence la tromperie.
Fils-Aimé n’a pas été élu. Il n’a pas été choisi par le peuple. Son autorité repose sur un arrangement transitoire, un compromis entre les forces politiques et des institutions affaiblies.
Mais un compromis n’est pas un chèque en blanc. Il a une durée, un objectif et une limite. Et tout le monde sait où se trouve cette limite : le 7 février.
Chercher à prolonger ce mandat, ne serait-ce que d’un mois, ne serait pas une adaptation du processus, mais un écart délibéré. Cela créerait un dangereux précédent : celui d’un pouvoir qui se prolonge sans aucune légitimité ni consultation.
Un chef de gouvernement qui a perdu le pays ne peut plus le gouverner.
La faiblesse politique de Fils-Aimé est évidente.
Il ne dirige plus : il occupe.
Son gouvernement flotte dans un état d’ambiguïté permanente, incapable de rassurer, incapable d’agir, incapable même de fixer un cap clair.
Pendant ce temps, le pays sombre sous la pression des gangs, des oligarchies prédatrices et d’un État devenu spectateur de sa propre implosion.
Les accusations de proximité avec certains groupes armés, les dialogues obscurs avec des réseaux économiques controversés et la dépendance à la diplomatie étrangère ne sont plus de simples accusations : elles sont devenues son identité politique.
Et un Premier ministre marqué par la suspicion n’a pas la force morale de demander au pays de faire des sacrifices.
L’éthique publique exige plus qu’un Premier ministre qui se contente d’attendre.
L’Haïti de 2025 a besoin d’un véritable leadership, et non d’un gestionnaire de crise fatigué.
Il ne suffit plus d’être présent : il faut agir, décider, incarner.
Or, Fils-Aimé incarne tout le contraire : la procrastination, la lenteur, le flou. À Port-au-Prince, où l’État a cédé des quartiers entiers à la terreur, il est inacceptable que le chef du gouvernement soit perçu comme un acteur passif, presque résigné.
Peut-on sérieusement imaginer qu’il mènera des élections crédibles et sécurisées alors qu’il peine à reprendre le contrôle de la capitale ?
La réponse est évidente : non.
Le départ du Conseil présidentiel de transition change tout
Le Conseil présidentiel de transition (CPT) s’apprête à quitter la scène.
Lorsque ce départ sera effectif, tout le poids institutionnel reposera sur le bureau du Premier ministre.
Dans un tel contexte, maintenir un dirigeant affaibli à ce poste n’est pas seulement imprudent : c’est un acte de sabotage national.
Le pays risque de se retrouver avec un exécutif fragile, contesté, isolé, incapable d’assurer la continuité de l’État. Ce vide, dans un pays déjà au bord de l’effondrement, conduira au chaos.
Pour sortir de l’impasse, il faut un nouveau Premier ministre, dès maintenant
Il n’y a pas de débat sur la date. Ce qui existe, c’est l’urgence.
Haïti ne peut plus se permettre d’avoir un leadership vacillant.
Il a besoin d’un Premier ministre capable de s’adresser au pays, d’engager le dialogue avec les forces politiques, de rassurer la population, d’affronter les gangs, de négocier avec les partenaires internationaux et, surtout, de préparer des élections réelles, et non théoriques.
Fils-Aimé ne peut pas remplir cette mission. Le 7 février doit être son dernier jour en fonction.
Le 7 février n’est pas un détail : c’est un ultimatum démocratique.
Pour la démocratie haïtienne, respecter la date du 7 février est peut-être le dernier acte de cohérence institutionnelle qui nous reste.
La transition ne peut survivre à ses propres contradictions.
Le pays ne peut survivre à un exécutif illégitime.
Alix Didier Fils-Aimé doit partir pour que l’État puisse respirer un peu plus longtemps.













