Alphabet intime de Clément II Benoît : un voyage poétique à fleur d’âme
La poésie haïtienne s’offre une nouvelle respiration avec la parution de Alphabet intime, recueil signé par Clément II Benoît, poète natif de Limbé et originaire des Gonaïves. À travers ce livre, l’auteur revient sur le devant de la scène littéraire avec une écriture profondément habitée, où l’émotion devient matière première et où le mot cherche moins à décrire qu’à révéler.
Construit comme une traversée de l’être, l’ouvrage déroule une suite de textes courts et intenses qui sondent l’amour, la mémoire, l’absence et la douceur des liens humains. Ici, l’intimité n’est jamais enfermement sur soi ; elle devient passerelle vers l’autre. Les poèmes avancent à pas feutrés, mais laissent une empreinte durable, comme ces confidences murmurées qui continuent de vibrer longtemps après avoir été dites.
Le titre du recueil est né d’un moment d’échange lors de la 90ᵉ édition de Livres en Liberté en Côte d’Ivoire. En parlant de la force évocatrice des mots avec Mme Marthe Rabbiosi, le poète a lancé cette phrase spontanée : « Ces alphabets sont intimes. » De cette intuition est né un projet poétique où chaque lettre devient un territoire sensible, une porte ouverte sur les paysages secrets de l’âme.
Dans Alphabet intime, le langage se fait charnel et cosmique à la fois. Le quotidien y est transfiguré par une pluie d’images où le corps rejoint les étoiles, où le souvenir prend la forme d’une mer intérieure. Cette écriture imagée, parfois foisonnante, assume la densité des métaphores pour mieux dire l’indicible et donner à l’émotion une portée universelle.
Déjà auteur de plusieurs recueils remarqués, dont Tach Solèy, Koulè Lapli, Nanm Vil Okay et Soleil de mes nuits, Clément II Benoît poursuit ici une œuvre cohérente : faire de la poésie un lieu de rencontre entre le sensible et le vaste monde. Son style, à la fois délicat et ardent, invite le lecteur à habiter pleinement chaque mot, comme on s’attarde sur une lumière au crépuscule.
Porté par le soutien de divers acteurs culturels et institutionnels, le livre s’impose comme un événement marquant de l’actualité littéraire. Mais au-delà des appuis et des hommages, c’est la voix du poète qui retient l’attention : une voix douce, habitée, qui transforme l’expérience intime en partage.
Alphabet intime n’est pas seulement un recueil à lire, c’est un espace à traverser. On y entre pour quelques pages et l’on s’y découvre plus vaste, comme si chaque poème, en parlant de l’autre, nous apprenait un peu mieux à nous reconnaître










