CEP : quand les faits rattrapent les postures, Uder Antoine s’impose malgré les résistances
Port-au-Prince, le 5 juin 2026
En politique comme dans l’administration publique, les faits finissent souvent par parler plus fort que les déclarations. L’installation officielle de M. Uder Antoine au poste de Directeur général du Conseil électoral provisoire (CEP) en est une illustration éloquente.
À peine quarante-huit heures après l’adoption d’une mesure conservatoire lui interdisant l’accès aux locaux de l’institution, celui dont certains membres du Conseil contestaient ouvertement la nomination a été officiellement installé dans ses fonctions. La cérémonie s’est déroulée en présence de représentants de l’État, de conseillers électoraux, de partenaires nationaux et internationaux, ainsi que du président du CEP, Jacques Desrosiers.
Cette séquence institutionnelle soulève plusieurs interrogations. Le 3 juin, huit conseillers électoraux avaient signé une décision visant à empêcher l’entrée en fonction d’Uder Antoine, invoquant notamment des préoccupations liées à l’autonomie de l’institution. Deux jours plus tard, ces mêmes conseillers assistaient à son installation officielle, sans qu’aucune explication publique détaillée ne soit apportée à l’opinion nationale sur cette évolution.
Au-delà de la controverse, un constat s’impose : la réalité institutionnelle a fini par prévaloir sur les positions initialement affichées.
Cet épisode met également en lumière les défis auxquels est confrontée une institution appelée à organiser des élections dans un contexte de transition. Une institution chargée de garantir la confiance du public doit veiller à la cohérence de ses décisions et de ses communications afin de préserver sa crédibilité auprès de la population.
Pendant que la polémique occupait le devant de la scène, le parcours professionnel d’Uder Antoine rappelait les raisons qui ont motivé sa désignation.
Ancien Secrétaire général de la Primature, ancien Directeur exécutif du CEP, ancien Coordonnateur général de l’Office de management et des ressources humaines (OMRH), ainsi qu’ancien cadre de Management Sciences for Health (MSH), il dispose d’une solide expérience au sein de l’administration publique haïtienne.
Son parcours lui a permis d’acquérir une connaissance approfondie des mécanismes de gouvernance, de la gestion administrative et de la coordination institutionnelle. Des compétences particulièrement importantes à un moment où le CEP est appelé à préparer des échéances électorales déterminantes pour l’avenir du pays.
Lors de la cérémonie d’installation, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Me Patrick Pélissier, a présenté cette nomination comme une étape importante dans le renforcement du processus électoral. De son côté, Uder Antoine a lancé un appel à l’unité, à la responsabilité et à la mobilisation de l’ensemble des acteurs concernés autour de la mission du CEP.
Ces interventions contrastent avec les tensions observées au cours des derniers jours et rappellent que les défis auxquels fait face l’institution dépassent largement les divergences internes.
L’enjeu principal demeure l’organisation d’élections crédibles, inclusives et démocratiques dans un environnement marqué par de nombreux défis sécuritaires, politiques et logistiques. Pour relever ce défi, le CEP devra s’appuyer sur la stabilité institutionnelle, la cohésion interne et une gestion administrative efficace.
L’installation d’Uder Antoine marque ainsi la clôture d’une controverse qui a retenu l’attention de l’opinion publique et ouvre une nouvelle phase pour l’institution électorale. Elle rappelle également que les impératifs de fonctionnement de l’État finissent souvent par s’imposer au-delà des divergences et des rapports de force du moment.
Désormais, l’attention est tournée vers les résultats que produira cette nouvelle équipe administrative dans la préparation du processus électoral attendu par une grande partie de la population haïtienne.
Jean Valdonel CONSTANT








