Gérald Remplais sous le feu des critiques : favoritisme, corruption et concurrence déloyale à l’AGD
Port-au-Prince, 8 juin 2026 – Présentée par les autorités comme l’une des administrations publiques les plus performantes du pays en matière de mobilisation des recettes, l’Administration Générale des Douanes (AGD) se retrouve aujourd’hui au cœur de graves accusations de favoritisme, de corruption et de manipulation des procédures douanières.
Depuis l’arrivée de Gérald Remplais à la tête de l’institution, les résultats financiers annoncés mensuellement sont souvent mis en avant comme la preuve d’une gestion efficace. Pourtant, derrière ces chiffres flatteurs, plusieurs opérateurs économiques dénoncent un système qui favoriserait certains importateurs au détriment d’autres, créant ainsi une concurrence déloyale préjudiciable à l’économie nationale.
Selon des informations relayées par plusieurs acteurs du secteur privé, des déclarations douanières seraient parfois enregistrées et liquidées avant même l’arrivée effective des marchandises sur le territoire national. Une pratique qui, si elle est avérée, constituerait une entorse aux principes fondamentaux du contrôle douanier et soulèverait de sérieuses interrogations quant à la transparence des opérations réalisées sous l’administration actuelle.
Plus inquiétant encore, certains importateurs bénéficieraient de traitements préférentiels lors de l’évaluation des marchandises. Des analyses portant sur le marché du riz importé révèlent que des produits identiques, provenant des mêmes fournisseurs et importés dans des périodes rapprochées, auraient été évalués à des valeurs FOB très différentes selon l’entreprise concernée.
Ces écarts permettent à certains opérateurs de payer moins de droits et taxes, leur offrant ainsi un avantage concurrentiel considérable sur le marché haïtien. Les entreprises respectant les règles et s’acquittant de leurs obligations fiscales se retrouvent alors pénalisées face à des concurrents bénéficiant de conditions plus favorables.
Les dénonciations vont encore plus loin. Des sources proches du secteur douanier affirment que certains dossiers sensibles seraient traités directement dans une structure spéciale relevant du bureau du Directeur général, en marge des circuits habituels de dédouanement. Cette pratique alimenterait les soupçons d’un système de favoritisme où les décisions ne seraient pas prises sur la base des règles douanières, mais en fonction d’intérêts particuliers.
Plus grave encore, des allégations de versements de pots-de-vin sont évoquées pour faciliter la sous-évaluation de certaines cargaisons. Si de telles accusations étaient confirmées, elles constitueraient des actes de corruption susceptibles de causer d’importantes pertes fiscales à l’État haïtien tout en fragilisant la crédibilité de l’institution douanière.
Pour de nombreux observateurs, la mission de l’AGD ne se limite pas à collecter des recettes. Elle doit également garantir l’équité entre les opérateurs économiques, protéger le commerce légal et assurer l’application uniforme des lois douanières. Toute déviation de ces principes risque de compromettre la confiance des investisseurs et de porter atteinte à la réputation du pays.
Face à ces accusations persistantes, plusieurs voix réclament l’intervention rapide de la Direction de l’Inspection Fiscale, de l’Inspection Générale des Finances (IGF) ainsi que de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC). Une enquête indépendante permettrait de déterminer si les performances financières vantées par l’AGD résultent réellement d’une meilleure efficacité administrative ou si elles dissimulent des pratiques favorisant certains intérêts privés.
Dans l’attente de réponses officielles, les interrogations demeurent nombreuses autour de la gestion de Gérald Remplais. Au-delà des chiffres de recettes, c’est désormais la question de l’intégrité, de l’équité et de la transparence de l’Administration Générale des Douanes qui se trouve au centre du débat public.













