Rentrée scolaire 2026-2027 : derrière les promesses du PNCS, l’urgence d’un véritable bilan
Par Jean Valdonel CONSTANT
À l’approche de la rentrée scolaire 2026-2027, le Programme national de cantines scolaires (PNCS) revient avec un discours désormais familier : repas nutritifs, soutien aux familles, amélioration de l’apprentissage et engagement en faveur des enfants. Pourtant, derrière cette rhétorique institutionnelle soigneusement construite, une question demeure : où sont les résultats tangibles de toutes ces années de programmes, de financements et d’interventions dans le système éducatif haïtien ? La multiplication des annonces ne saurait tenir lieu de bilan.
Le problème n’est pas l’existence des cantines scolaires, dont la nécessité sociale est incontestable. Le véritable enjeu réside dans la transparence qui doit accompagner la gestion des ressources destinées à l’éducation. Combien d’argent a réellement été mobilisé ? Combien a été dépensé ? Combien d’écoles ont effectivement bénéficié de ces programmes ? Quel est le coût réel d’un repas par enfant ? Qui contrôle les achats, les contrats, les distributions et l’évaluation des résultats ? Autant de questions auxquelles les communications officielles répondent rarement avec la précision qu’exige une gestion responsable des ressources publiques et de l’aide internationale.
Il faut également avoir le courage de s’interroger sur la communication adressée aux partenaires extérieurs. Ces grandes annonces ne servent-elles pas parfois davantage à démontrer aux bailleurs que des activités sont réalisées qu’à prouver à la population que les politiques publiques produisent effectivement des changements durables ? Car si des institutions internationales continuent de financer depuis des années des programmes d’éducation et d’alimentation scolaire en Haïti, il devient légitime d’exiger des évaluations indépendantes permettant de mesurer l’impact réel de ces investissements sur la fréquentation scolaire, la qualité de l’enseignement et les conditions de vie des enfants.
Plus troublant encore, où sont les enquêtes publiques approfondies sur les sommes considérables qui transitent par le secteur éducatif ? Où sont les audits accessibles aux citoyens ? Où sont les rapports permettant de suivre chaque financement, depuis son attribution jusqu’à son utilisation finale ? La transparence ne devrait pas être une faveur accordée à la presse ou aux bailleurs de fonds ; elle constitue une obligation envers le peuple. Lorsqu’il s’agit de ressources destinées aux enfants, aucune institution ne devrait redouter que sa gestion soit examinée.
Pendant ce temps, l’école haïtienne demeure confrontée à des difficultés structurelles qui ne peuvent être masquées par des campagnes de communication : infrastructures insuffisantes, enseignants insuffisamment accompagnés, fortes inégalités territoriales, établissements précaires et familles incapables de supporter seules le coût de la scolarisation. Si toutes ces années d’aide, de programmes et de projets avaient produit les transformations annoncées, pourquoi le système éducatif demeure-t-il aussi fragile ? La question est brutale, mais elle est nécessaire. Elle ne vise pas à nier les efforts de celles et ceux qui travaillent honnêtement ; elle exige plutôt que l’on distingue les résultats réels de la simple mise en scène administrative.
Cette rentrée scolaire devrait donc être l’occasion d’un changement de méthode : moins de communication institutionnelle, davantage de preuves ; moins de cérémonies, davantage d’audits ; moins de promesses, davantage de reddition de comptes. Le peuple haïtien a le droit de savoir ce qui est fait de chaque gourde publique et de chaque dollar mobilisé au nom de ses enfants.
Le PNCS et l’ensemble des acteurs intervenant dans le secteur éducatif doivent désormais accepter une exigence simple : montrer les résultats, documenter les dépenses et rendre des comptes. Car une école ne se reconstruit pas avec des communiqués, des cérémonies ou des promesses. Elle se reconstruit avec une gouvernance transparente, des investissements vérifiables, des mécanismes de contrôle efficaces et une véritable obligation de résultats.












