DINEPA : des annonces à répétition, mais toujours pas d’eau potable pour la population
Alors que la Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement (DINEPA) multiplie les cérémonies de lancement de projets, la réalité quotidienne de nombreuses familles haïtiennes demeure préoccupante : l’accès à l’eau potable reste un véritable parcours du combattant. À Lascahobas, l’annonce de la construction du Système d’adduction d’eau potable (SAEP) de Décovil soulève une question fondamentale : à quoi servent les grands discours institutionnels lorsque la population continue de manquer d’un service aussi essentiel ?
La DINEPA, dirigée par l’ingénieur Théophil Ostinvil, a procédé, samedi, au lancement officiel des travaux de construction du SAEP de Décovil, dans la section communale de Petit-Fond, à Lascahobas. Financé par la Banque mondiale, ce projet, dont l’exécution devrait s’étendre sur douze mois, est présenté comme une initiative destinée à améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement au bénéfice de plus de 1 500 familles.
Mais au-delà des cérémonies officielles, des discours et des promesses, une réalité demeure : annoncer un projet ne signifie pas fournir de l’eau à la population.
Une institution dont l’efficacité doit être sérieusement questionnée
La mission première de la DINEPA consiste à contribuer à garantir l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Pourtant, pour une grande partie de la population, ce service fondamental demeure inaccessible ou insuffisant.
Comment justifier l’existence d’une institution publique chargée d’un secteur aussi vital lorsque des familles continuent de rencontrer d’énormes difficultés pour s’approvisionner en eau ?
La multiplication des projets annoncés ne saurait constituer, à elle seule, un bilan satisfaisant. La performance d’une institution comme la DINEPA devrait se mesurer à la disponibilité effective de l’eau dans les foyers, à la régularité de sa distribution et à la qualité du service offert aux citoyens.
Les cérémonies, les photographies officielles et les déclarations d’intention ne peuvent remplacer les résultats concrets.
Lascahobas : un projet de plus, mais où sont les résultats ?
Le projet de Décovil bénéficie d’un financement de la Banque mondiale dans le cadre du programme EPARRDD. Son exécution est confiée à la firme Plan Consul, avec l’intervention de l’UNOPS dans la maîtrise d’ouvrage et la supervision.
Si cet investissement est présenté comme une réponse aux besoins de plus de 1 500 familles, la population est en droit d’exiger davantage qu’une simple promesse d’amélioration.
Quel mécanisme permettra de garantir que les infrastructures seront effectivement opérationnelles ? Comment sera assurée la continuité de la distribution ? Quelles dispositions sont envisagées pour l’entretien des installations après leur livraison ?
Autant de questions auxquelles la DINEPA doit apporter des réponses précises.
La construction d’un système d’adduction ne constitue pas une réussite en soi. Encore faut-il que l’eau arrive réellement jusqu’aux bénéficiaires et que les installations puissent fonctionner durablement.
Théophil Ostinvil face à l’obligation de résultats
À la tête de la DINEPA, l’ingénieur Théophil Ostinvil doit comprendre que les attentes de la population dépassent largement les annonces institutionnelles.
Les citoyens n’ont pas besoin d’une succession de cérémonies destinées à valoriser l’image des responsables publics. Ils attendent une institution capable d’assumer pleinement sa mission et d’apporter des solutions concrètes aux difficultés d’approvisionnement en eau.
La question de la responsabilité administrative mérite également d’être posée. Les investissements mobilisés dans le secteur doivent produire des résultats vérifiables, accessibles et durables.
La DINEPA ne peut se contenter de présenter chaque nouveau chantier comme une victoire alors que les populations concernées attendent encore les bénéfices réels des politiques publiques.
L’eau potable est un droit, pas une faveur politique
Sous le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, l’amélioration des services essentiels devrait se traduire par des réalisations tangibles plutôt que par une accumulation d’engagements.
L’accès à l’eau potable ne devrait être ni un privilège ni un instrument de communication gouvernementale. Il s’agit d’une nécessité fondamentale qui engage directement la responsabilité des pouvoirs publics.
À Lascahobas comme ailleurs, les citoyens sont en droit d’exiger une gestion transparente des ressources, des infrastructures fonctionnelles et un calendrier crédible de mise en service.
La DINEPA doit également rendre compte de l’efficacité de ses interventions et démontrer que les financements mobilisés contribuent véritablement à améliorer les conditions de vie des bénéficiaires.
Le véritable succès du projet de Décovil ne se mesurera ni au nombre de personnalités présentes lors de son lancement ni à l’importance des discours prononcés. Il se vérifiera le jour où les familles concernées disposeront effectivement d’une eau potable accessible et régulière.
En attendant, une interrogation demeure : à quoi sert une institution nationale de l’eau potable si la population doit encore se battre quotidiennement pour avoir accès à l’eau ?
La DINEPA doit désormais passer des annonces aux résultats. Car les Haïtiens n’ont pas soif de promesses. Ils ont soif d’eau potable.
Par la rédaction












